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Logique Floue

11 décembre 2010 - Lumière polaire - La critique

Un feu d'artifice signé Yanick Roy se doit de provoquer l'émerveillement chez le public en contenant des séquences inédites et particulièrement originales. Après tout, ce concepteur a su prouver deux fois plutôt qu'une aux membres du jury de La Ronde qu'il était au sommet de son art. Ainsi, j'avais anticipé que Lumière polaire, qui contenait des segments complètement nouveaux, repousserait encore une fois les limites. Venant d'une autre firme, j'aurais sans doute affirmé qu'il s'agissait d'un très bon spectacle, mais je dois admettre que, selon moi, Yanick Roy n'a pas placé la barre assez haute pour ses prochains efforts avec ce feu d'artifice...

Évaluation du spectacle

Pièce montée en forme de voilier et chute d'eau pyrotechnique pendant le deuxième segment

Gâteau de feuilles mortes et éventails de chandelles romaines

Crossettes jaunes et éventail de comètes

Pour la deuxième semaine d'affilée, le spectacle a commencé par un premier segment relativement calme. Le rigodon promis en entrevue était bel et bien présent, mais les tirs se faisaient rares au cours des deux premières minutes, ce qui a nui quelque peu à l'atmosphère festive que voulait évoquer Yanick Roy.

Par exemple, au moment de l'allumage de la pièce montée en forme de voilier et de la chute d'eau pyrotechnique, le ciel est resté complètement noir pendant près de 45 secondes. Bien que ces deux effets combinés donnent un résultat particulièrement spectaculaire, ils ont comme principal défaut d'être au sol et d'avoir un niveau de mouvement minimal. Conséquemment, l'intérêt du public décroît rapidement; je me demandais après une vingtaine de secondes quand viendrait la prochaine pièce aérienne...

Dès le segment suivant, le rythme s'est intensifié, mais il a fallu attendre pas moins de cinq minutes après le début du spectacle pour qu'il s'établisse au niveau des feux similaires de Royal Pyrotechnie. Je ne tiens pas à ce qu'un feu d'artifice soit une pétarade constante, mais je n'aime pas non plus devenir euphorique au seul son d'un mortier qui expulse sa bombe vers le ciel; il y a un juste milieu, et je sais que Yanick Roy est d'ordinaire parfaitement capable de l'atteindre.

Cependant, il faut souligner que les premières minutes de la trame sonore étaient d'une nature plutôt calme, ce qui ne se prêtait peut-être pas à une augmentation marquée du nombre de tirs. Hors, dans les deux versions de Voilà et dans Luminescence, la trame sonore était tout aussi «atmosphérique», mais la cadence des tirs était à mon avis mieux dosée.

Toutefois, tel que promis, le segment «Tempête» évoquait parfaitement bien l'océan et la météo qui se déchaînent sur le navire, grâce à l'utilisation de bombes multibris de type «studata», de marrons d'air avec titane, de gâteaux de crossettes argentées grésillantes et de saules pleureurs assortis.

Je sais que Yanick Roy aurait aimé utiliser une narration comme fil conducteur pour aider le public à situer les divers segments du spectacle, mais que les consignes des Feux sur glace Telus stipulent que ce type de séquence est interdit. Hors, dans le cas qui nous occupe, le montage irréprochable de la trame sonore unifiait trop les segments entre-eux et rendait difficile pour le spectateur moyen de déterminer ce que représentait chaque partie du feu. À mon avis, la Société du Vieux-Port de Montréal aurait donc avantage à assouplir ses règles pour permettre aux concepteurs de mieux mettre le public en contexte, quitte à baliser leur démarche en spécifiant, par exemple, une durée maximale pour les segments narratifs. Après tout, une thématique aussi forte que celle évoquée dans Lumière polaire bénéficierait fortement d'un petit coup de pouce narratif, si court soit-il.

Après avoir évoqué maintes fois la «Philosophie Royal Pyrotechnie» pour décrire des spectacles présentés par d'autres firmes, j'ai été pour le moins interloqué de constater que certains types d'effets, comme les crossettes jaunes et les éventails composés de certains types de chandelles romaines revenaient plusieurs fois dans Lumière polaire. Je considère que la force des spectacles de Royal Pyrotechnie réside justement dans le fait de n'utiliser qu'une seule fois chaque type d'effet pyrotechnique, ce qui contribue à émerveiller davantage les spectateurs en leur présentant sans cesse des séquences différentes. Hors, dans le cas qui nous occupe, cette technique de conception n'était pas aussi présente qu'à l'habitude...

À travers Lumière polaire, Yanick Roy cherchait à se renouveler en présentant de toutes nouvelles séquences au public. Je ne sais pas si ce feu d'artifice représente la nouvelle direction des feux de Royal Pyrotechnie, mais j'estime qu'il n'y avait pas le «Wow Factor» habituel. Je vais continuer de suivre avec attention les efforts de cette firme, qui m'impressionne à chaque fois, en espérant que le style unique récompensé de deux Jupiters d'or reprenne la place qui lui est due. Toutefois, malgré mon appréciation mitigée, je n'estime pas que Lumière polaire ait été un mauvais feu d'artifice; il était divertissant, plusieurs séquences renforçaient très bien le thème, la trame sonore était parfaitement mixée, mais il manquait ce petit détail presque magique qui nous accroche un sourire au visage pendant toute la durée du spectacle...

Un gros merci à l'équipe de Royal Pyrotechnie pour m'avoir accueilli sur vos rampes de lancement, répondu à mes questions et préparé un spectacle qui, même s'il différait du style habituel, n'en demeurait pas moins un bon divertissement pour toute la famille !

La semaine prochaine, Feux d'Artifice B.E.M. nous présente Voyage féérique.

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© Simon Turcotte-Langevin, 2018

Licence CC BY-NC

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